Au fil de l'info
Le 8 et 9 mai 2010, le faubourg en tête de l`art au jardin de la citadelle. Venez découvrir les oeuvres des artistes.

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Ville de Nancy

Les 2 Charles et les 3 Maisons

Les 2 Charles et les 3 Maisons

Tombée sur une mine de photos, la MJC des 3 Maisons organise une étonnante expo d'où émerge même le Grand Charles... La conférence de Charles Ancé en assure le lancement truculent ! Ils se disputent sur la marque de la voiture. « Je t'assure que c'est une Chambord, il n'y a pas à discuter », finit par trancher le premier quand le second optait pour la DS. En tout cas, pour l'occupant de l'auto, silhouette interminable, front dégarni, posture martiale, il n'y a pas à tergiverser, c'est le grand Charles. Surpris en 62 à traverser le quartier des Trois-Maisons, grande époque. « De l'époque où les banques n'avaient pas vitrifié toutes les façades », lâche le premier. « Ça, c'est vrai qu'elles commencent à sévèrement nous emm... », poursuit l'autre. Le faubourg des Trois-Maisons est ainsi fait qu'il suscite les passions. Prenons Charles... Charles Ancé, né à Pompey, débarqué à 20 ans dans ce quartier, dont il ne finit plus de fouiller les tréfonds et le passé. « Mais sans les précautions d'historien », tient-il à préciser. « Je le fais avec une dose minimale de mauvaise foi ! » Et c'est bien ce ton, un brin leste, qui donnera du piment à la conférence programmée samedi 10 octobre. Ça, et bien sûr, cette intrigante série de photos. Une mine de pépites d'un autre temps, signées par un photographe amateur au coup d'œil avisé : Gérard Trotot.

Rasé de près

Ce dernier n'a rien manqué des heurts, malheurs, et petites révolutions qu'a connus le faubourg depuis 1930. Une manie, une passion et aujourd'hui une collection dont la MJC a décidé, pour clore les festivités de son 40e anniversaire, de faire une exposition. C'est comme ça que de Gaulle s'accrochera aux cimaises, ainsi que ces visages d'un autre âge, ces ambiances de rues hantées de nostalgie où croisent les tractions. Canal gelé, gamins farceurs, défilé de la Saint-Fiacre, du temps où toute la vie s'arrêtait pour le voir passer. « Regardez ça, c'est le cinéma du curé, comme on l'appelait », interrompt Charles Ancé. « Je me souviens qu'on se tannait le cuir sur les fauteuils en bois. Il y avait presque un nouveau Constantine toutes les semaines, et je n'ai rien compris à L'Aîné des Fercheaux ». En histoire, Charles Ancé a ce talent de mêler les hauts faits de la grande et les modestes anecdotes de la petite. Et s'amuse aussi des légendes persistantes sur « le plus ancien quartier de Nancy », à commencer par l'origine de son nom... Ces fameuses trois maisons du village de Saint-Dizier, rescapées alors que le reste avait été rasé. Une fois parmi tant d'autres... « De toute façon, chaque fois qu'il y avait une guerre, comme on était au pied des forteresses, on en prenait plein la g... », commente l'érudit pas farouche. « Quant aux trois maisons, tout le monde a des idées sur leur emplacement, mais ce ne sont jamais les mêmes ! En fait, ce qui reste dans les mémoires communes, ce sont surtout les auberges...» Et de rappeler que ce quartier de tout temps « populaire et truculent » a eu longtemps vocation à accueillir les divertissements interlopes... Ainsi, Lionnois, dans son histoire de Nancy, disait-il de l'Auberge de la poule qui boit, qu'elle était « un lieu de récréation des corps ». Aujourd'hui, entre deux banques, subsiste tout de même un sex-shop...

Crève-cœur

« C'est vrai que ce village dans la ville semble perdre un peu de sa singularité aujourd'hui », reprend l'observateur. « Mais si on nous remplace un jour notre vieille mercerie par une filiale de Clearstream, alors là, je déménage ! »  Déjà que d'avoir renoncé au départ du défilé de Saint-Nicolas a été vécu comme un véritable crève-cœur... Et puisqu'on lui tend le micro, le sieur Ancé en profite pour pester « contre cette manie qu'on a de donner des noms de généraux dont on n'a pas grand-chose à faire à tous les coins de rue. Résultat, je n'ai rien contre Kléber, mais on a donné son nom à une rue qui s'appelait la rue du Ruisseau. Parce qu'autrefois il y en eut un ici, et c'est une trace qu'on pouvait ainsi garder en mémoire... » Lui en tout cas compte bien les ranimer, ces mémoires. Avec l'humour qu'il y faut. Et en s'appuyant sur de très faubourgeoises photos...

 

Lysiane GANOUSSE

Est Républicain du 2/10/09